A propos

Née en 1972 à Albi, vit et travaille à Lavaur, Tarn, France.

La leçon inaugurale de peinture de Marie Agnès Verdier devrait sans doute s’appeler : la main qui commande. Cette main affranchie qui, pourrait-on dire sous forme de boutade, n’en fait qu’à sa tête, libérant ainsi ses propres formes, ses couleurs singulières, sa vie qui n’est pas seulement qu’une ligne droite sans histoire. Mais une fois tracé le premier trait, il faut bien dérouler la petite pelote de l’inconscience subtilement banale, de l’imaginaire aux aboies derrière la raison du monde raisonnable. Chevauchant ainsi les grands flux mystérieux de l’instinct, surgissent sur la page blanche ces dessins étonnants, ces figures incongrues, ces coups et à coups de crayons, ces minuscules bouts de rien entre l’enfance revenue le temps d’un carnet intime et quelque chose d’autre qui pourrait bien être l’inspiration ou le souffle de l’art. Un art dont on ne dira pas qu’il est brut, mais brutalement évacué de la manière et de la matière rationnelle, du réfléchit ou du calcul. Au commencement donc était le lâcher prise et le laisser faire qui engendrèrent au bout du compte des objets libres d’être ce qu’ils voudront, capables de surprendre le spectateur comme l’artiste elle-même. Cela s’appelle aussi la transmutation, lorsque l’alchimie du geste innocent l’emporte sur le concept implacable, lorsque l’intellect découvre la multiplicité des mondes intérieurs où se fomentent d’autres représentations possibles du réel. Dès lors, gardons nous d’évoquer la naïveté comme référence artistique, la spontanéité et la pulsion préférant évacuer l’histoire, le temps d’un geste du moins, pour mieux illuminer et combler la feuille blanche. Parlons plutôt de fraîcheur, d’éclat ou, pourquoi pas, de grâce si, en élargissant la définition de ce mot,  nous considérons que Marie Agnès Verdier a bien voulu s’accorder une faveur: celle de croire qu’un immuable précède toujours une pensée. Et qu’il est encore permis, dans ce monde livré à la matière dominante, de dérober quelques chose à l’invisible qui nous fait. Ainsi commande la main.

Jean-Luc Aribaud

The inaugural painting lesson from Marie-Agnès Verdier should be called ‘the hand that commands’. This freed hand, one could say as a joke, goes to the beat of its own drum, liberating its own forms, its singular colors, its life that does not go straight from A to B. But once the first line has been drawn, the little yarn of the unconscious unravels, subtly banal, from one’s imagination stressed out behind the reason of the reasonable world. Riding thus the great and mysterious flux of instinct, amazing drawings appear on the white page, odd figures, these thrusts and hiccups of the crayon, these minuscule bits of nothing between childhood come back for a short while from one ‘s intimate diary and something else which could very well be art’s inspiration or breath. An art that does not call itself raw, but is brutally ejected from rational means and material, from sensible thought or calculation. At the beginning therefore was the letting go and the laissez faire which gave birth in the end to objects that are free to be what they want, able to surprise the viewer but also the artist herself. This is called transmutation, when the alchemy of the innocent gesture wins over the implacable concept, when the intellect discovers the multiplicity of interior worlds where other representations of reality surge. Then, let us not refer to naiveté as the artistic reference, as spontaneity and pulse prefer to evacuate history, at least while the gesture lasts, to better illuminate and content the white page. Let us rather speak of freshness, of spark or even of grace if, when enlarging the definition of this word, we consider that Marie Agnès Verdier bestowed on herself the following favor: that of believing that something permanent always comes before thought. And that, in a world captured by domineering material, we are still allowed to steal something invisible that makes us. And so commands the hand.